La désertion militaire dans la Caraïbe française au XVIIIᵉ siècle constitue un observatoire privilégié des effets du changement normatif sur les comportements individuels. En mobilisant des modèles de reconnaissance automatique de texte et d’analyse de mise en page spécifiquement entraînés sur des archives coloniales manuscrites, cette recherche analyse un corpus inédit de 127 dossiers judiciaires de soldats déserteurs. L’exploitation quantitative et qualitative de ces sources met en évidence une corrélation significative entre l’ordonnance royale de 1776, qui substitue à la peine capitale les travaux forcés, et une augmentation mesurable des actes de désertion, particulièrement marquée à Saint-Domingue. Ces résultats suggèrent que l’adoucissement relatif de la sanction a modifié les calculs de risque des soldats, révélant ainsi la sensibilité des pratiques individuelles aux transformations du cadre juridique. L’étude contribue à la fois à l’histoire pénale coloniale et aux usages des méthodes computationnelles en histoire sociale.
